Ce que recèle un désir sexuel diminué
Une baisse de libido est un signe de dysfonctionnements physiologiques selon la Médecine traditionnelle chinoise (MTC). En effet, la dysfonction sexuelle n’est jamais une entité isolée. Elle est le symptôme d’un déséquilibre systémique affectant les organes, principalement le Rein, le Foie et la Rate.
Avant d’envisager une stratégie de traitement, il est impératif d’établir un tableau clinique clair appliqué notamment à la sphère génitale. Toutefois, en pratique clinique, on porte attention particulièrement sur le Foie et son rôle central dans la mécanique de la fonction sexuelle. C’est en effet souvent là que se situe le blocage initial chez les patients sexuellement actifs.
Le rôle du Foie
Le Foie stocke le Sang et gouverne les tendons en MTC ; en effet, les corps caverneux et les tissus élastiques génitaux relèvent de la catégorie des « tendons ». Une stase de Qì du Foie, fréquente dans les contextes de stress professionnel ou de conflits émotionnels, empêche le Sang de remplir pleinement ces structures. Cliniquement, cela se traduit par une dissociation entre la libido (qui dépend du Cœur et du Rein) et la capacité mécanique : le patient ressent le désir, mais le Qì ne circule pas pour détendre les vaisseaux et permettre l’afflux sanguin.
Si le Foie est en plénitude de Chaleur-Humidité, le tableau s’aggrave par une inflammation des voies génitales et une perturbation du contrôle éjaculatoire. Comprendre cette dynamique hépatique est essentiel. Cependant il faut également considérer que lorsque le patient est préoccupé et pense trop, c’est la Rate qui devient le maillon faible de la chaîne énergétique.
Le rôle de la Rate
La Rate est la source de production du Qì et du Sang. Un excès de réflexion, d’inquiétude ou de travail intellectuel intense blesse le Qì de la Rate, entraînant un Vide de Qì. Celui-ci engendre une incapacité de soutenir la fonction sexuelle par manque de carburant énergétique.
Plus grave encore, ce vide conduit à la formation pathologique d’Humidité interne. Cette humidité, de nature lourde et trouble, a tendance à descendre vers le Réchauffeur Inférieur. Elle obstrue alors les orifices et alourdit la région génitale, entraînant une perte de réactivité sexuelle.
Dans ce cas de figure, il est recommandé de tonifier d’abord la Rate avant de s’occuper des Reins. Au-delà de ces facteurs liés à la production et à la circulation de l’énergie, il convient de s’intéresser aux états thermiques qui peuvent consumer ou éteindre la flamme vitale.
Le rôle du Rein
Savoir différentier entre Froid et Chaleur au niveau du réchauffeur inférieur est déterminant.
Un Vide de Yáng du Rein se manifeste par un Froid intérieur réel : ici, le Jīng (ou essence de vie) est présent mais il est privé de son moteur thermique, le Feu de la « Porte de la Vie » (Míng Mén). Sans cette chaleur transformatrice, le Jīng reste inerte, incapable de se vaporiser en Qì pour stimuler l’érection ou réchauffer l’utérus.
À l’opposé, un Vide de Yīn du Rein traduit un épuisement de la partie matérielle et rafraîchissante du Jīng. Cette perte de substance crée une Chaleur Vide, chaleur pathologique qui provient d’un manque de Yīn (liquides, sang, essence) et non d’un excès de feu extérieur (infection ou inflammation). En effet, ce Yin est nécessaire pour contenir et ancrer le Yáng, laissant celui-ci flotter vers le haut.
Ainsi, ce vide de yin du Rein consume les derniers fluides, provoquant une excitabilité nerveuse paradoxale, des éjaculations précoces et une sécheresse des muqueuses. Le praticien axera son traitement sur la préservation et la mobilisation correcte du Jīng.
Les cycles physiologiques selon l’âge
Cette présentation clinique évolue inévitablement avec le déclin naturel du Jīng du Rein avec l’âge, ainsi que décrit dans le Su Wèn. Avant 40 ans, les pathologies sont majoritairement des Plénitudes (Stase de Qì du Foie, Humidité-Chaleur) ou des Vides relatifs légers ; le traitement privilégie la dispersion, la clarification et la régulation du Qì sans tonification lourde.
Entre 40 et 50 ans, période de transition où le Qì du Yáng Míng commence à décliner, on observe souvent des tableaux mixtes combinant un début de Vide de Rein et des stases persistantes. La thérapeutique doit alors associer harmonieusement tonification modérée et circulation. Après 50 ans, le Vide de Rein (Yīn ou Yáng) devient le syndrome racine dominant, souvent compliqué par une Stase de Sang secondaire. Celle-ci est due à la lenteur circulatoire liée à l’âge et au manque de propulsion du Qì.
Le traitement exige alors une tonification substantielle du Jīng associée à une activation douce du Sang. Au-delà de 60 ans, le Jīng étant profondément diminué, l’approche se concentre exclusivement sur la préservation, la nutrition de l’Essence par des substances précieuses et l’ajustement du Shén pour faciliter l’acceptation d’une sexualité adaptée aux nouvelles capacités énergétiques.
Pour prendre soin de sa libido, on peut également avoir recours à la pratique du Qi gong, comme indiqué dans l’encadré ci-dessous.
Un auto-traitement par le Qì Gōng
En Médecine Chinoise, le Qì Gōng ne représente pas un simple complément mais constitue environ 40 à 50 % du processus de revitalisation sexuelle et plus particulièrement après de 60 ans. Les 50 à 60 % restants sont répartis entre la diététique, l’hygiène de vie, le respect du rythme circadien et, si nécessaire, une phytothérapie adaptée.
Pourquoi ce pourcentage élevé ? Parce qu’après 60 ans, le corps assimile moins bien les nutriments et les plantes agissent plus lentement. Le Qì Gōng est le seul levier capable de générer activement du Qì et de le faire circuler rapidement vers les zones bloquées. Il agit alors comme un moteur interne que ni l’alimentation ni les plantes seules ne peuvent remplacer.
L’entraînement ne doit pas solliciter plus de 40 % de votre capacité énergétique. Il ne faut jamais transpirer abondamment ni être essoufflé, car « la sueur est le liquide du Cœur ». Ainsi une transpiration excessive blesse le Yáng et disperse le Shén, annulant les bénéfices sexuels.
N’oubliez pas : la régularité prime sur la durée. Il est préférable de pratiquer 20 minutes tous les jours plutôt que 2 heures une fois par semaine.






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