Pharmacopée – la recette

Pharmacopée – la recette

L’art subtil des synergies entre ingrédients

La pharmacopée chinoise, pilier de la médecine traditionnelle chinoise (MTC), repose sur une approche holistique. Elle vise à rétablir l’équilibre énergétique du corps (qì, yīn-yáng, et cinq mouvements) face aux déséquilibres pathologiques. Contrairement à la médecine occidentale, qui se concentre sur l’élimination d’un symptôme spécifique, la MTC traite la personne dans son ensemble. Elle prend en compte les causes profondes, les symptômes associés et aussi les influences émotionnelles ou environnementales.

Ainsi, la clé de cette approche réside dans la construction minutieuse des recettes. Celles-ci combinent plusieurs ingrédients pour répondre à la complexité des déséquilibres énergétiques.

Cet article est le second d’une série de trois. Le premier est consacré aux ingrédients, le suivant à l’ordonnance.

Structure d’une recette

Dans la pharmacopée chinoise, une recette est bien plus qu’une simple liste d’ingrédients. C’est une composition stratégique dans laquelle chaque substance joue un rôle précis. Elle est  comparable à une équipe où chaque membre a une tâche spécifique pour atteindre un objectif commun.

Ces rôles sont inspirés de la hiérarchie impériale chinoise, ce qui rend leur compréhension intuitive, même pour un non initié. Voici les quatre rôles principaux.

Le souverain (jūn)

Le souverain est l’ingrédient principal. Il s’attaque directement à la cause fondamentale de la pathologie. C’est le « chef » de la recette, celui qui définit l’action principale.

Le Ministre (chén)

Le ministre soutient l’action du souverain ou traite des symptômes secondaires liés à la pathologie. Il agit comme un « second » qui renforce ou complète l’action du chef.

Le conseiller (zuǒ)

Le conseiller ajuste les propriétés énergétiques de l’ordonnance ou traite des symptômes associés qui ne sont pas directement liés à la cause principale. Il agit comme un « stratège » qui affine l’approche.

L’Ambassadeur (shǐ)

L’ambassadeur harmonise les interactions entre les ingrédients ou guide l’action de l’ordonnance vers un méridien ou un organe précis. Il joue le rôle d’un « diplomate » qui assure l’harmonie de l’ensemble.

Dans la pharmacopée chinoise, une recette est bien plus qu’une simple liste d’ingrédients. C’est une composition stratégique dans laquelle chaque substance joue un rôle précis. Elle ressemble à une équipe où chaque membre a une tâche spécifique pour atteindre un objectif commun.

Ces rôles s’inspirent de la hiérarchie impériale chinoise, ce qui facilite leur compréhension, même pour un non-initié. Voici les quatre rôles principaux.

 

Équilibrage des énergies

Un principe fondamental de la pharmacopée chinoise consiste à maintenir un équilibre énergétique. Cela évite que la prise du remède ne crée de nouveaux déséquilibres.

Chaque substance possède :

  • une nature énergétique (sì qì : froide, fraîche, tiède, chaude)
  • une saveur (wǔ wèi : piquant, doux, acide, amer, salé)

Ces caractéristiques influencent son action sur le corps. Par exemple, une plante chaude comme Gān Jiāng (gingembre séché) réchauffe l’Estomac. Cependant, utilisée seule en excès, elle risque de provoquer une chaleur excessive et des symptômes comme la soif ou l’irritabilité.

Pour éviter cela, les remèdes secondaires – ministres, conseillers et ambassadeurs – ajustent les propriétés du souverain.

Par exemple, une plante chauffante comme Gān Jiāng (gingembre séché) peut être combinée avec une plante froide comme Huáng Lián (Filodendron de Chine) pour équilibrer les effets thermiques.

Dans une ordonnance pour une douleur abdominale due à un froid interne, Gān Jiāng réchauffe, mais Huáng Lián peut être ajouté en petite quantité pour éviter une surchauffe qui aggraverait l’état du patient.

Autre exemple, dans Bái Hǔ Tāng – Décoction du Tigre Blanc, utilisée pour traiter les fièvres élevées dues à une chaleur excessive dans le corps :

Shí Gāo (gypse) est le souverain, avec une nature très froide qui élimine la chaleur intense. Cependant, cette froideur pourrait endommager l’Estomac, qui préfère une énergie plus douce.

Pour équilibrer, Gān Cǎo (réglisse) et Gěng Mǐ (riz) sont ajoutés comme conseillers. Ces ingrédients doux protègent l’Estomac et adoucissent l’effet agressif de Shí Gāo.

Dans l’encadré ci-dessous nous expliquerons en détail la recette de la décoction d’Ephédra.

Synergies et incompatibilités

Les synergies (xiāng xū) se trouvent au cœur de l’efficacité des recettes chinoises. Elles apparaissent lorsque plusieurs substances travaillent ensemble pour amplifier leurs effets.

Par exemple, dans Sì Jūn Zǐ Tāng – Décoction des Quatre Gentilshommes – Rén Shēn (Panax ginseng) et Bái Zhú (Atractylodes macrocephala) agissent en synergie pour tonifier le qì de la Rate. Ils renforcent l’énergie vitale et améliorent la digestion. Ensemble, ils offrent plus d’efficacité que séparément.

En revanche, certaines combinaisons doivent être évitées. Les « Dix-Huit herbes incompatibles » (shí bā fǎn) peuvent être inefficaces ou toxiques. De même, les « Dix-Neuf Craintes » (shí jiǔ wèi) indiquent des paires à utiliser avec prudence.

En cuisine, certaines saveurs se marient bien – comme le citron et le miel – tandis que d’autres créent un mélange désagréable – comme le vinaigre et le lait. En pharmacopée, on évite ces associations pour protéger le patient.

Ainsi, la pharmacopée chinoise ne se limite jamais à l’utilisation d’une seule plante, tout comme elle ne traite pas le corps indépendamment de l’esprit. Chaque recette est une composition complexe où plusieurs substances travaillent ensemble pour rétablir l’harmonie globale du patient.

Les rôles de souverain, ministre, conseiller et ambassadeur garantissent que les déséquilibres sont abordés de manière multidimensionnelle, tenant compte des interactions énergétiques et des spécificités de chaque individu. Cette approche corps-esprit, ancrée dans des millénaires de pratique, illustre la richesse et la profondeur de la MTC, où la santé est un équilibre dynamique entre l’homme et son environnement.

La recette Má Huáng Tāng (Décoction d’Éphédra)

Má Huáng Tāng – ou décoction d’Éphédra – est l’une des plus anciennes et puissantes recettes de la pharmacopée chinoise classique. Ellle est utilisée pour traiter un rhume avec frissons mais absence de transpiration.

  1. Má Huáng (Éphédra) est le souverain. Cette plante agit en dispersant le vent-froid (un facteur pathogène externe) et en induisant la transpiration pour libérer la surface du corps (biǎo).

En termes simples, imaginez Má Huáng comme le général qui donne l’ordre principal pour combattre l’ennemi (le vent-froid).

  1. Guì Zhī (Rameau de cannelle) est le ministre. Il réchauffe les méridiens (canaux énergétiques) et mobilise le qì pour amplifier l’effet de Má Huáng.

Nous devons voir ici le ministre comme à un assistant qui aide le général à exécuter son plan tout en gérant d’autres aspects du combat.

  1. Xìng Rén (Amande amère) est le conseiller qui aide à descendre le qì pulmonaire, soulageant ainsi la toux ou l’oppression thoracique souvent présentes dans un rhume.

L’image est celle d’un expert qui propose des solutions pour des problèmes secondaires, comme calmer une toux tout en luttant contre le rhume.

  1. Gān Cǎo (Réglisse) est l’ambassadeur ; il harmonise les effets des autres plantes et réduit les risques d’effets secondaires.

L’ambassadeur est à l’image d’un coordinateur qui veille à ce que l’équipe travaille ensemble sans conflit.

Explication simple de la recette

Vous imaginez que vous avez un rhume avec des frissons mais vous ne transpirez pas, cela s’accompagne d’une légère toux. Le Má Huáng (le souverain) est comme un médicament qui vous fait transpirer pour chasser le froid. Guì Zhī (le ministre) ajoute de la chaleur pour soutenir ce processus. Xìng Rén (le conseiller) s’occupe de la toux pour que vous respiriez mieux. Enfin, Gān Cǎo (ambassadeur) s’assure que toutes ces plantes travaillent ensemble sans irriter votre estomac ou causer d’autres désagréments.

Pharmacopée – les ingrédients

Pharmacopée – les ingrédients

Un savoir millénaire au service de la santé

Cet article est le premier d’une série de 3 articles consacrés à la pharmacopée chinoise, les deux autres étant la recette et la prescription. Ils ont pour objectif de démystifier cette discipline et de permettre au lecteur d’appréhender toute la valeur et la sagesse qu’elle recèle.

La pharmacopée chinoise, pilier de la médecine traditionnelle chinoise (MTC), est une discipline millénaire. Elle intègre une compréhension holistique de l’être humain, considéré comme une unité indissociable de corps et d’esprit.

Ancrée dans les principes du taoïsme, elle repose sur l’équilibre dynamique du qì (souffle vital), du yīn et du yáng, et des cinq mouvements (wǔ xíng : Bois, Feu, Terre, Métal, Eau). La MTC envisage la santé comme un état d’harmonie entre l’individu et son environnement, influencé par les saisons, les émotions et les cycles cosmiques.

Les textes fondateurs, tels que le Shén Nóng Běn Cǎo Jīng (Classique de la matière médicale de Shén Nóng, environ 200 av. notre ère) et le Shāng Hán Lùn de Zhāng Zhòngjǐng (IIe siècle), codifient les propriétés des substances médicinales, leurs combinaisons et leurs applications thérapeutiques. Ces ouvrages décrivent des centaines de remèdes, principalement végétaux, mais aussi animaux et minéraux. Chacun d’eux est caractérisé par sa nature (sì qì : froid, frais, tiède, chaud), sa saveur (wǔ wèi : piquant, doux, acide, amer, salé), ainsi que son tropisme énergétique (méridiens ou organes cibles).

La pharmacopée chinoise ne se limite pas à l’utilisation isolée de substances. Elle s’appuie sur des ordonnances (fāng) où plusieurs ingrédients agissent en synergie pour traiter les déséquilibres complexes du corps-esprit. Cette approche systémique, qui combine observation empirique et principes philosophiques, vise à rétablir la circulation harmonieuse du qì, à corriger les déséquilibres yīn-yáng et à éliminer les facteurs pathogènes (bìng xié).

Une grande diversité de substances naturelles

La pharmacopée chinoise utilise donc des substances végétales, aussi bien que des substances animales, minérales, fongiques ou organique. Chacune est sélectionnée pour ses propriétés spécifiques et son action sur les méridiens, les organes et les flux énergétiques.

Ces remèdes agissent en synergie pour traiter l’individu. Par ce savoir ancestral, la pharmacopée chinoise ne se contente pas de guérir : elle prévient, harmonise et équilibre l’être dans ses dimensions physique, émotionnelle et spirituelle.

Substances végétales

Les plantes dominent la pharmacopée chinoise ; elles représentent environ 80 % des substances. On utilise différentes parties des végétaux (voir plus bas). Par exemple les fruits (guǒ), comme Shān Zhā (Crataegus pinnatifida) facilitent la digestion des graisses. Ou encore les rhizomes, comme Huáng Lián (Coptis chinensis), drainent le feu du Cœur et de l’Estomac et sont utilisés pour les ulcères buccaux ou l’irritabilité.

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Substances Animales

Les substances animales, bien que moins fréquentes, sont essentielles dans certains contextes. Lù Jiǎo (corne de cerf) tonifie le yáng des Reins. Elle est indiquée pour les faiblesses sexuelles ou les douleurs lombaires. Mǔ Lì (coquille d’huître) ancre le yáng et calme l’esprit. Elle est prescrite pour l’insomnie ou l’agitation. Leur usage est strictement encadré pour respecter les principes éthiques et les cycles naturels.

Substances Minérales

Les minéraux font aussi partie des remèdes de la pharmacopée. Ainsi, Shí Gāo – le gypse – apaise la chaleur excessive dans les syndromes de fièvre élevée. Zhū Shā – le cinabre – calme l’esprit, mais son usage est limité en raison de sa toxicité. Lóng Gǔ – os de dragon fossilisés –  ancre l’esprit et stabilise les émotions.

Substances fongiques

Des substances fongiques sont également utilisées. Ainsi  Fú Líng (Poria cocos), un champignon, agit sur l’humidité et la Rate, favorisant l’élimination des fluides pathogènes. Ces substances sont considérées comme des intermédiaires entre le végétal et le minéral ; elles incarnent l’élément Terre.

Les différentes substances végétales

Dans la pharmacopée chinoise, on exploite les différentes parties des plantes médicinales : racines, feuilles, tiges, fleurs, écorces et graines. Chaque partie est utilisées pour ses propriétés thérapeutiques uniques.

Chaque partie est associée à un éléments des cinq mouvements (Terre, Bois, Feu, Métal, Eau). Elle joue un rôle spécifique dans le rétablissement de l’équilibre du qì, du yīn et du yáng.

Les racines, comme Dǎng Shēn ou Huáng Qí, tonifient et nourrissent, elles transmettent l’idée de la stabilité de la Terre.

Les feuilles, telle Bò He, dispersent le vent et ciblent les couches superficielles, incarnant la vitalité du Bois. Les tiges, comme Pú Gōng Yīng, régulent les flux énergétiques. Les fleurs, comme Jú Huā, apaisent les émotions liées au Feu.

Enfin, les écorces, telle Dù Zhòng – associées au Métal – protègent et renforcent. Et les graines, comme Gǒu Qǐ Zǐ, concentrent l’essence vitale de l’Eau.

Récoltées à des moments précis pour maximiser leur énergie, ces parties sont combinées en formules synergiques, reflétant une approche holistique où chaque élément contribue à harmoniser le corps et l’esprit.

Zoom sur les substances végétales

Les Racines (Gēn)

Les racines (gēn) sont parmi les parties les plus utilisées en raison de leur forte concentration en principes actifs, associés à l’élément Terre, symbole de stabilité et de nourriture.

Elles sont récoltées en automne ou en hiver, lorsque l’énergie de la plante se concentre sous terre. Par exemple, Dǎng Shēn (Codonopsis pilosula) tonifie le qì de la Rate et de l’Estomac. On l’utilise dans les cas de fatigue chronique ou de troubles digestifs.

Huáng Qí (Astragalus membranaceus), une autre racine tonifiante, renforce le qì défensif (wèi qì) pour soutenir l’immunité et prévenir les infections. Les racines comme Shēng Dì Huáng (Rehmannia glutinosa) nourrissent le yīn et sont prescrites pour les syndromes de vide de yīn, comme la soif ou les bouffées de chaleur.

Les feuilles ()

Les feuilles (), liées à l’élément Bois, captent l’énergie du vent et du mouvement. Elles sont récoltées au printemps ou en été, lorsque leur vitalité est à son apogée.

Sāng Yè (Morus alba) disperse le vent-chaleur dans les affections pulmonaires, comme les toux sèches ou les fièvres légères.

Bò He (Mentha haplocalyx), avec ses feuilles aromatiques, libère la surface (biǎo) en favorisant la sudorification dans les syndromes d’attaque externe. Leur action est souvent ascendante et dispersante, ciblant les couches superficielles du corps.

Les tiges (Jīng)

Les tiges (jīng) régulent les mouvements du qì, qu’ils soient ascendants (shēng) ou descendants (jiàng). Récoltées au printemps, elles incarnent la vigueur de la sève.

Pú Gōng Yīng (Taraxacum mongolicum) draine l’humidité-chaleur, utilisé dans les infections urinaires ou les abcès.

Húo Má Rén (Cannabis sativa, tige) agit sur l’intestin pour lubrifier et faciliter la défécation dans les cas de constipation.

Les fleurs (Huā)

Les fleurs (huā), associées à l’élément Feu, sont récoltées à leur pleine floraison pour capter leur énergie yáng. Elles influencent souvent l’état émotionnel et les fonctions du Foie.

Jú Huā (Chrysanthemum morifolium) apaise le Foie, clarifie la vision et disperse le vent-chaleur, indiqué pour les maux de tête ou les irritations oculaires.

Jīn Yín Huā (Lonicera japonica) élimine la chaleur toxique dans les infections comme les angines.

L’ecorces ()

Les écorces (), liées à l’élément Métal, sont récoltées en automne ou au printemps, lorsque la sève est abondante. Elles ont une action protectrice et astringente.

Dù Zhòng (Eucommia ulmoides) renforce les Reins et les os ; il est utilisé pour les douleurs lombaires. Huáng Bǎi (Phellodendron amurense) draine l’humidité-chaleur, notamment dans les infections génito-urinaires.

Graines (Zǐ)

Les graines (zǐ), associées à l’élément Eau, sont récoltées à maturité pour leur capacité à stocker l’énergie vitale (jīng). Gǒu Qǐ Zǐ (Lycium barbarum) nourrit le yīn du Foie et des Reins, améliorant la vision et la vitalité. Sū Zǐ (Perilla frutescens) descend le qì pulmonaire, soulageant l’asthme ou la toux.

Préparation des plantes et substances

La préparation des remèdes traditionnels, bien que parfois simple (séchage, découpage pour décoctions), requiert souvent des techniques spécifiques. Ces techniques permettent de répondre à des objectifs précis : faciliter l’absorption, assurer la conservation, réduire la toxicité, modifier les propriétés énergétiques, augmenter l’efficacité ou éliminer les constituants indésirables.

Ces procédés, rigoureusement élaborés au fil de l’histoire de la pharmacopée chinoise, restent strictement appliqués aujourd’hui pour garantir la fiabilité des remèdes.

Séchage (Gān)

Le séchage (gān) est essentiel pour préserver les substances. Les plantes comme Bái Zhú (Atractylodes macrocephala) sont séchées au soleil pour renforcer leur action tonifiante, tandis que les fleurs comme Jú Huā sont séchées à l’ombre pour préserver leurs huiles essentielles. Le séchage au soleil (shài gān) accentue les propriétés yáng, tandis que le séchage à l’ombre (yīn gān) préserve le yīn.

Macération (Jìn)

La macération (jìn) extrait les principes actifs en trempant les substances dans l’eau, le vin (yào jiǔ), ou l’huile. Dāng Guī (Angelica sinensis) macéré dans du vin renforce la circulation du sang ; elle est utilisée pour lutter contre les douleurs menstruelles. La macération dans l’eau de riz (mǐ shuǐ) harmonise les fonctions digestives, comme pour Fú Líng.

Poudre (Fěn)

La réduction en poudre (fěn) facilite l’administration et la conservation. Les substances comme Mǔ Lì sont pulvérisées pour les pilules ou les applications locales. La poudre Píng Wèi Sǎn combine Cāng Zhú, Hòu Pò et Gān Cǎo pour éliminer l’humidité et soulager les nausées.

Cuisson au Feu (Huǒ Zhì)

La cuisson (huǒ zhì) modifie les propriétés énergétiques. Gān Jiāng (Zingiber officinale séché) est chauffé pour réchauffer le Froid de l’Estomac, contrairement au gingembre cru (shēng jiāng), qui disperse le vent-froid. La torréfaction (chǎo) renforce les effets tonifiants, comme pour Bái Zhú Chǎo.

Cuisson sous la Cendre (Wèi)

La cuisson sous la cendre (wèi) consiste à envelopper les substances dans du papier humide ou de la pâte de riz et à les chauffer sous des cendres chaudes. Cette méthode réduit les huiles volatiles (huiles essencielles) pour éviter les effets secondaires. Par exemple, Mù Xiāng (Saussurea lappa) préparé selon cette méthode (wèi mù xiāng) est utilisé pour réguler le qì de l’Estomac sans provoquer d’irritation.

Calcination (Duàn)

La calcination (duàn) consiste à brûler les substances à haute température pour les réduire en cendres, éliminant les impuretés et modifiant leur nature. Mǔ Lì calciné (duàn mǔ lì) devient plus astringent ; il est utilisé pour arrêter les sueurs spontanées ou les pertes séminales. Cette méthode est courante pour les substances minérales comme Lóng Gǔ.

Fermentation (Fā Xiào)

La fermentation (fā xiào) active les propriétés biologiques des substances. Par exemple, Shén Qū (Massa medicata fermentata), obtenu par fermentation de céréales, facilite la digestion et traite les stagnations alimentaires.

Pharmacopée et Cosmologie

Dans la pensée traditionnelle chinoise, l’être humain se tient entre le Ciel (天) et la Terre (地), tel que le symbolise le diagramme hérité de Mengzi : un axe vertical où l’Homme (人) incarne le trait d’union entre les lois célestes et les manifestations terrestres.

Ce schéma cosmologique guide l’ensemble de la médecine chinoise, en particulier la pharmacopée. Chaque remède est plus qu’une simple substance : il est un vecteur d’harmonisation entre les forces cosmiques et corporelles. Les plantes, minéraux, animaux et champignons sont choisis non seulement pour leurs effets physiologiques, mais pour leur capacité à rectifier les flux énergétiques (qì), équilibrer le yīn et le yáng, et résonner avec les organes selon les cinq mouvements.

Les racines, ancrées dans la Terre, nourrissent la stabilité ; les fleurs, proches du Ciel, élèvent et dispersent. Ainsi, chaque remède s’inscrit dans un dialogue subtil entre le haut et le bas, entre l’invisible et le tangible. Le diagramme rappelle que la santé n’est pas simplement absence de maladie, mais alignement entre notre nature profonde, notre environnement, et les lois du Ciel — et la pharmacopée est l’instrument précis de cette restauration.

Les syndromes d’obstruction

Les syndromes d’obstruction

Les Bi ou syndromes d’obstruction douloureuse

Les Bi, ou syndromes d’obstruction douloureuse, sont des syndromes cliniques fréquemment rencontrés. Ils sont la conséquence de l’obstruction des méridiens par l’association des « trois démons » (Vent-Froid-Humidité) selon la MTC. Ceux-ci correspondent à de multiples pathologies de la médecine occidentale comme l’arthrose, l’arthrite, la fibromyalgie… parmi tant d’autres.

Partons à la découverte de ces Bi à travers l’histoire de Koffi.

Le matin où tout a coincé

Koffi n’est pas un héros, ni un sage, ni un grand malade. Il est juste un homme… normal.
Graphiste à son compte, âgé de 36 ans, il vit dans un petit appartement, entouré de ses plantes et de son chat Nouille. Deux à trois fois par semaines, il court quelques kilomètres. Il s’est accommodé à ces douleurs qu’il ressent régulièrement au réveil : “j’ai dû dormir de travers”.

Mais un matin, en posant le pied au sol, une douleur fulgurante lui traverse la hanche. Pas assez violente pour hurler, mais trop précise pour être ignorée. Il s’étire, secoue la jambe mais rien n’y fait. Et Koffi se dit : « C’est officiel. Je vieillis. »
Mais cette douleur le dérange, il n’en comprend pas la cause. Il passe la journée à boiter, à chercher sur internet : “douleur hanche droite au réveil sans raison”, à explorer des forums mais sans résultat.

Le soir venu, un ami lui parle d’un médecin chinois installé pas loin, dans une petite cour discrète. Poussé à bout par la fatigue, la douleur, et sans doute un brin de curiosité, Koffi prend rendez-vous.

Chez le docteur Shen

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Le médecin chinois est un homme petit et fin, au regard d’une acuité déconcertante. Il s’appelle Shen. Il fait signe à Koffi de s’asseoir, puis sans un mot, prend son poignet, et pose délicatement trois doigts sur le radial au niveau du poignet. Le contact est léger, presque imperceptible. Pourtant Koffi sent quelque chose — une forme d’attention intense. Le docteur Shen ferme les yeux.

Après un moment, d’une voix calme, Shen lui dit : « Le Qi ne circule pas. Il y a une invasion de Vent – Humidité. » Koffi, un peu gêné, toussote : « Une invasion… par quoi exactement ? Des bactéries ? Un virus ? »

Shen ouvre les yeux et penche la tête : « Non. Des énergies perverses. Des souffles extérieurs. Vent, Froid, Humidité. Ils sont entrés. Ton corps a ouvert la porte. »
Koffi est un peu déconcerté par ce discours, mais il sent qu’il peut faire confiance à cet étrange docteur. Shen continue : « Tu as mal au réveil, mais moins en bougeant ? » Koffi hoche la tête. « Une sensation de lourdeur dans la jambe ? La douleur qui bouge un peu ? » Koffi acquiesce à nouveau.

Le syndrome Bi

« Syndrome Bi », conclut Shen. « Blocage du Qi et du Sang dans les méridiens. » Il marque une pause, puis : « On va faire circuler. Tu vas voir. »

Il sort ses aiguilles d’acupuncture, et commence son traitement. Shen les manipule comme un calligraphe, avec une concentration tranquille, presque affectueuse. Il en insère une dans la jambe de Koffi, juste sous le genou. Une autre dans la cheville. Puis encore une, près de la hanche. « Tu vas sentir comme un fil qui se tend, dit-il calmement. C’est le Qi. Il répond… Il revient. »

Koffi sent effectivement quelque chose, une sorte de fourmillement profond. Il veut en savoir plus sur ce Bi et questionne Shen.
Celui-ci se redresse : « “Bi”, veut dire “obstruction”. C’est quand quelque chose bloque la circulation du Qi et du Sang. Quand le corps devient comme une ville avec des bouchons : les rues sont là, mais rien ne bouge. » Et il lui explique qu’il existe différents types de Bi, chacun ayant sa personnalité (voir encadré).

Puis il continue : « Ces douleurs qu’on ignore, ces petits bobos qui “vont passer”, parfois ce sont des Bi. Et si on les laisse s’installer, ils deviennent chroniques. Ils s’infiltrent. Ils rongent. Et un jour, tu ne peux plus lever le bras. Ou marcher. Ou dormir. »

La douleur : un signal à prendre au sérieux

Le regard planté dans celui de Koffi, il lui dit : « Ce n’est pas urgent parce que c’est grave. C’est urgent parce que c’est léger. » Koffi cligne des yeux : « Tu veux dire… que plus c’est discret, plus il faut y faire attention ? » Shen sourit pour la première fois. « Exactement. Le corps parle doucement, au début. Ensuite, il crie. Et parfois, il se tait… mais il s’abîme. »

Koffi commence à percevoir que la médecine de Shen n’est pas une médecine “alternative”. Qu’elle est une lecture ancienne du vivant, précise, exigeante, mais profondément humaine.

Le traitement terminé, le docteur Shen retire les aiguilles, et lui dit encore : « La douleur, ce n’est pas l’ennemi. C’est une sonnette d’alarme. C’est le corps qui t’avertit qu’un déséquilibre est là, que quelque chose circule mal, ou pas assez. Et que tu as dépassé tes limites sans écouter. » Il lui explique que là où le Qi circule, il n’y a pas de douleur. Au contraire, là où le Qi stagne, la douleur apparaît. La douleur, c’est le Qi qui frappe à la porte parce qu’il n’arrive plus à passer.
Si on ignore ce signal, la douleur s’installe, voire change de forme. Et à la longue, si le déséquilibre perdure, la maladie s’installe. « La douleur – conclut Shen – c’est le corps qui demande un retour à l’harmonie. Ne le fais pas taire. Apprends sa langue. Et il te remerciera. »

En sortant du cabinet, Koffi n’est pas « guéri ». Pas encore.
Mais il marche autrement. Moins vite. Plus droit. Comme quelqu’un qui ne fuit plus sa douleur, mais qui l’écoute. Il commence à en percevoir le sens caché.

A retenir

Selon la MTC, le terme Bi signifie « obstruction ». Il s’agit d’une perturbation de la circulation harmonieuse du Qi (énergie vitale) et du Sang, Ce déséquilibre est souvent provoqué par l’invasion de souffles pathogènes externes, nommés Xie Qi : le Vent, le Froid, l’Humidité, et parfois la Chaleur.

Chaque type de Bi possède des caractéristiques spécifiques :

  • Le Bi du Vent : douleurs migrantes, variables.
  • Le Bi du Froid : douleurs fixes, profondes, aggravées par le froid.
  • Le Bi de l’Humidité : sensation de lourdeur, gonflements, engourdissement.
  • Le Bi de Chaleur : douleurs intenses, rougeurs, inflammation.

Voici quelques situations pouvant générer des Bi :

  • Des horaires anarchiques au lever et au coucher, ou le surmenage, blessent le Qi et le Sang, affaiblissent les méridiens et fragilisent les défenses de l’organisme. Ce qui permet aux Pervers externes d’y pénétrer.
  • Un habitat Froid ou humide, une activité professionnelle exposant au Froid, au Vent et à l’Humidité sont favorables à la pénétration des Pervers Vent-Froid-Humidité dans l’organisme.
  • L’abus d’alcool, une alimentation trop riche ou insuffisante blessent le Qi de la Rate, entraînant la production interne de Mucosités et d’Humidité qui circulent alors dans les méridiens.
  • Une alimentation excessive blesse le Jing et le Sang. Le Vide de Yin entraîne l’excès du Feu et le Sang n’arrive plus à nourrir les Tendons.
  • La stagnation des Sept Sentiments (la Colère, la Joie, le Choc émotionnel, les soucis, la Tristesse, l’Excès de Réflexion, la Peur), et la stase de Sang dans les méridiens.
  • Des hématomes ou une stagnation de Sang après un traumatisme externe.