Wuji, ou « le sommet du néant »

Wuji, ou « le sommet du néant »

Un puissant outil de guérison

Wuji est à la fois un principe taoïste, et une posture de Qi gong. C’est à cette dernière que nous nous intéresserons particulièrement ici. Wuji est en effet une pratique d’une grande simplicité apparente, et pourtant d’une infinie richesse pour qui souhaite cultiver un esprit sain dans un corps sain.

Wuji est la première posture du Qi Gong nommé Wu Dang. C’est une posture qui se pratique debout et immobile. « Wuji » signifie « sans extrêmes ». Ce terme, issu de la philosophie taoïste, désigne l’état de chaos indifférencié qui précède la création. Il est par conséquent à l’origine de Taiji, le mouvement yin et yang. On peut donc dire que Taiji nait de Wuji.

Wuji, c’est le vide créateur dans le sens de « l’esprit créateur » ; c’est un vide plein de conscience.

La posture se pratique les pieds joints ou séparés de la largeur des épaules. Les genoux et les coudes sont relâchés, donc non bloqués. Le tronc est droit. La respiration est ample et naturelle. Le regard est posé au loin. Le pratiquant observe ses pensées, sans intervenir dans leur flux, son esprit se vide.

Par vide, les taoïstes n’entendent pas le néant, mais au contraire un état de potentialité totale, non encore manifestée mais contenant tous les possibles de la création. L’état de Wuji précède la manifestation, et donc l’action.

Pour les taoïstes, la nature ultime de notre esprit est le vide absolu ; autrement dit un potentiel absolu. Ainsi la conscience dans sa nature ultime de potentialité absolue, devient éveil absolu. Pour incarner pleinement Wuji, l’on doit s’unifier, atteindre l’unité entre le corps et l’esprit (le UN).

Développer son énergie vitale

En se détendant et en se vidant, le pratiquant se rend disponible. Comme une antenne dressée entre la Terre (monde matériel) et le Ciel (monde spirituel), il se place en état de réceptivité. Il devient prêt à tout et à rien en même temps. La pratique de Wuji est donc une invitation à entrer en contact avec le champ de tous les possibles pour progressivement s’ordonner intérieurement, en totale harmonie avec la Nature.

Avec le temps, soit quelques semaines ou quelques mois, le pratiquant s’installe dans cet état d’harmonie. S’exercer à la posture Wuji, de manière prolongée et régulière, accroît la conscience et la présence à soi.

La pratique de Wuji permet de cultiver et de développer l’énergie racine, le Jing. Elle favorise la libre circulation de l’énergie (Qi) et permet au participant de connaître la vraie nature de son esprit.

L’écoute accrue du corps augmente l’énergie vitale et renforce « l’attention » ; elle développe la compassion envers les autres êtres, une qualité indispensable à la santé.

Ce que l’on ressent dans cette pratique, c’est une sensation d’apaisement, de calme, qui gagne le corps puis progressivement l’esprit. Cette quiétude, avec le temps, procure un sentiment de sérénité. La pratique de Wuji est une forme de méditation debout qui nous permet de cultiver notre énergie vitale (notre Jing) ; elle a donc un effet guérisseur et augmente la longévité.

D’ailleurs on constatera dans la pratique que plus on est attentif aux perceptions alentour, ainsi qu’aux sensations internes, moins le mental est actif et plus l’on se sent dynamisé.

La pratique prolongée de Wuji contribue à déconditionner le mental (moi) dans ses tendances à tout ramener à soi, à tout commenter ou juger, ou à vagabonder d’une idée à une autre.

Un esprit plus fort dans un corps plus sain

Ainsi la pratique régulière de Wuji :

  • évite que l’on soit l’objet de ses émotions au gré de leurs caprices. Elle permet de s’en distancer ;
  • contribue à stabiliser l’esprit agité et améliore la capacité de concentration dans sa qualité et sa durée ;
  • procure une sorte de sérénité et de joie qui se prolonge au-delà de la pratique dans la vie quotidienne. C’est le début d’une mutation qui nous invite à changer notre regard sur les évènements de notre vie, nos relations, les autres, nos structures de pensées et nos émotions. Ce regard se fait plus détendu, plus ouvert, avec une capacité d’adaptation accrue.

Cette posture immobile permet donc de renforcer et de cultiver l’énergie vitale Jing ; elle améliore la circulation de l’énergie (Qi) dans les méridiens en la rendant plus fluide. Cela a pour effet de dénouer les blocages énergétiques.

Qui plus est, la pratique de Wuji, à l’instar de toute pratique de Qi Gong, contribue à fortifier notre Esprit et à améliorer la qualité de nos états de conscience. Enfin elle développe en nous un sens de plus en plus affuté d’éveil.

Wuji est donc infiniment bénéfique lorsqu’elle est pratiquée dans le respect de ses principes (posture juste, relaxation, respiration), ainsi qu’avec régularité et constance. Ne vous laissez pas tromper par son apparente simplicité. Car avant d’atteindre la sérénité, l’on pourra expérimenter des douleurs le temps que les tensions lâchent, de l’impatience, voire des émotions perturbatrices.

Comme beaucoup de ces disciplines chinoises, la pratique de wuji requiert un véritable travail, un engagement dans l’instant et dans la durée. Ce n’est qu’à ce prix qu’elle délivre tous ses trésors. Et que l’on découvre son merveilleux pouvoir de guérison.

Quelques conseils pour votre pratique

posture wuji

Soyez à l’écoute de votre corps : ce qui se passe dans vos articulations, vos tensions, votre souffle. Observez, sans juger, et rectifiez en permanence votre posture pour obtenir une détente totale. La relaxation est en effet la clé de Wuji.

Votre posture, bien que relâchée, est droite. Veillez à ce que le dos soit bien décambré.  Les genoux sont légèrement fléchis. Le poids de votre corps repose lourdement sur vos pieds. Le haut du corps est léger et comme suspendu par une corde au ciel. Ainsi la colonne vertébrale est totalement libre. Les bras sont légèrement écartés du corps, les mains ouvertes et détendues.

Ralentissez le cycle de votre respiration et augmentez progressivement son amplitude. Cette respiration est abdominale. En vous concentrant sur votre respiration, votre corps se calmera progressivement, et les mouvements nerveux ou les réactions impulsives cesseront au cours de la pratique.

Toutefois il est important de rester joyeux. Gardez un état de bien-être et un regard bienveillant. Cultivez votre sourire intérieur et laissez-vous envahir par un ressenti de plénitude, et d’amour, dans tout votre corps. Embrassez ces sensations avec tendresse et douceur.

Pour les débutants, il est reommandé de vous faire  accompagner par un maître de Qi gong ou de tai chi.

L’art martial et la vie

L’art martial et la vie

Une voie vers la pleine santé

L’art martial est souvent associé uniquement au combat. Pourtant un véritable art martial est bien plus que cela. Il s’agit d’un art qui sollicite l’ensemble de la personne : son corps et son esprit. La pratique d’un art martial est un véritable outil de développement personnel. Son but ultime est la plénitude de l’être et la sérénité.

Le pratiquant en art martial cherche à développer une force qui lui permette de faire face à différent types d’épreuves vécues comme des agressions. Quelle est cette force ? Vient-elle d’une musculature abondante et de techniques de combat éprouvées ? De nombreux sport de combat font faussement croire à leurs étudiants qu’ils pratiquent le self-défense contre des agresseurs extérieurs. Or le but ultime du self-défense est d’apprendre à faire face à nos propres combats intérieurs et à tenir notre ego à distance. C’est là que le pratiquant en art martial trouvera cette force.

Notre expérience de la pratique, ainsi que de nombreuse rencontres avec des enseignants et maîtres en art martial nous ont confirmé que le but de l’art martial est de construire l’individu pour en faire un Guerrier.

Le guerrier se différencie du commun des mortels par le sens qu’il donne à sa vie. Le guerrier est dans une quête permanente de connexion avec les forces de l’univers. Il cherche à vivre en harmonie avec lui-même et avec son environnement. Ce qui est un stress pour tout un chacun est un défi pour le guerrier : « Comment résoudre cette épreuve avec sagesse ? » En effet, La voie du guerrier nous demande vivre en harmonie avec notre force intérieure et la conscience universelle.

Pourquoi devenir un guerrier ?

 

La vie de tous les jours ressemble de plus en plus à un combat, dont les attaques sont souvent sournoises (la frustration, la maladie, la mort d’un proche, la peur de perdre…).

Grâce à l’art martial, l’individu se reprogramme d’une manière méthodique. Cela lui permet progressivement de mieux faire face aux situations précitées.

En matérialisant des contextes conflictuels d’agressions physiques, le pratiquant expérimente des techniques de défense, tout en apprenant à mieux se connaitre.

Ainsi, chaque difficulté rencontrée dans sa pratique (effort, épreuve, remarque) le prépare à cette confrontation avec la vie. L’apprenti guerrier apprend à observer et à ressentir. Ainsi il développe graduellement sa conscience de lui-même et de son environnement.

Il apprend à travers le combat physique à contrôler ses réactions instinctives. Ainsi il adapte au plus juste sa réaction à une situation donnée.

C’est ce qui va lui permettre avec le temps de faire face aux agressions émotionnelles citées plus haut sans être débordé.  

L’art martial apporte ainsi détente mentale et aptitude à soutenir la confrontation et à élaborer des stratégies efficaces.

Ce résultat requiert l’assiduité et l’humilité du pratiquant.   Parmi ses nombreuses richesses, l’art martial possède donc la faculté d’apprendre à subir des attaques sans en être exagérément affecté.

Cela est particulièrement précieux de nos jours, où la peur est distillée à longueur de journée dans les médias.

Il existe bien-sûr différents moyens de faire face aux difficultés de la vie. Mais d’expérience, la pratique rigoureuse d’un art martial est particulièrement efficace. Elle est d’autant plus intéressante pour les femmes, qui du fait de leur héritage socioculturel, se trouvent ou se placent davantage en situation de victime. La confiance en soi engendrée par la pratique d’un art martial leur permet de sortir de ce statut d’éternelle victime.

Les vertus

Le pratiquant d’art martial s’initie à une culture. Il pratique un art, développe des vertus qui s’intégreront tout au long de son évolution.   Le débutant, dès la première seconde, poursuit une voie, même s’il n’en est pas encore conscient. C’est la voie de l’harmonie. Ainsi il cultive une esthétique corporelle dans chacun de ses mouvements. Ce faisant, il développe des qualités physiques et mentales au travers des situations plus ou moins délicates dans lesquelles on le place. Car l’harmonie est la clé d’une vie saine et épanouie.

Par ailleurs, l’art martial enseigne l’entraide et la solidarité. Dans les entraînements, l’adversaire est avant tout un partenaire. Et chacun des partenaires cherche tout autant à faire progresser son partenaire qu’à progresser lui-même dans les vertus précitées. Ainsi l’art martial enseigne l’altruisme et le respect de l’Autre.   Dans la vie quotidienne, l’agression est rarement physique.

De ce fait, l’individu a perdu de vue un élément essentiel, la vigilance. La pratique d’un art martial, en matérialisant physiquement une agression, oblige le pratiquant à cultiver cette vigilance. En effet, le moindre manque de vigilance se paie durement. Cette vigilance se développe graduellement pour devenir une extra- conscience, qui perdurera en dehors du dojo.

Bushido : la Voie du Guerrier

Le Bushido (littéralement la Voie du Guerrier) est le code d’honneur des samouraïs. Il résume les vertus à développer à travers la pratique d’un art martial, et à intégrer dans sa vie.

Voici les 7 vertus essentielles selon le Bushido :

  • Loyauté,
  • Courage (l’art de comprendre ce qui es juste),
  • Honneur (respecter une éthique dans nos actions),
  • Bienveillance (elle induit la solidarité),
  • Rigueur (le sens du devoir),
  • Respect (marque de notre grandeur d’âme),
  • Honnêteté et sincérité (être juste, parler juste).

Ces vertus sont des objectifs à développer à travers la pratique de l’art martial et à intégrer dans la vie quotidienne. Avec le temps elles font partie intégrante de l’individu et leur application dans la vie courante est automatique.