La pleine conscience

Arts guérisseurs

Une présence vivante au cœur de l’expérience

 

La pleine conscience connaît aujourd’hui un fort engouement. Comment expliquer ce phénomène ? Dans notre cabinet de Médecine Traditionnelle, nous recevons de plus en plus de patients qui se plaignent d’anxiété, de troubles du sommeil. Leur Shen est troublé par un flot incessant de pensées, leur corps est tendu par le stress chronique, leur Qi ne circule pas de façon harmonieuse. Et nous constatons, année après année, que cette tendance ne s’améliore pas. Ainsi, la pleine conscience n’est pas un gadget moderne, mais un besoin vital, une réponse profonde à une époque où tout conspire à nous déraciner du présent.

Nous avons vu de nombreuses vies se transformer quand les patients commencent à cultiver cette présence attentive. Elle rejoint si naturellement les principes du Tao que nous en avons fait notre entrainement quotidien : être à l’écoute de nos sensations et émotions, agir sans forcer. Explorons ensemble cet art de vivre – simple en théorie, mais exigeant en pratique, surtout quand notre environnement extérieur nous bombarde de distractions.

Qu’est-ce que la pleine conscience ?

Qu’est-ce que la pleine conscience ? Imaginez : vous êtes assis, le souffle va et vient, et soudain une pensée surgit : « Oh, j’ai oublié ce rendez-vous… ». Au lieu de plonger dedans, vous la laissez passer comme un nuage dans le ciel. C’est cela, la pleine conscience : une attention bienveillante, sans jugement, à ce qui est là, maintenant – sensation dans le ventre, chaleur dans les mains, son de la pluie dehors…

Pas de concentration rigide, pas de relaxation forcée. Juste un constat : « Voilà ce qui est », sans jugement ni analyse. Dans notre pratique, nous voyons cette qualité comme une forme d’observation fine du Shen (l’esprit) et du Qi. Quand un patient commence à percevoir ses tensions sans vouloir les chasser immédiatement, le Qi circule déjà mieux.

Des racines profondes dans le taoisme

"Connais-toi toi-même", temple d'Apollon

Dans le bouddhisme ancien, sati (la pleine conscience) est la capacité d’observer sans jugement le corps, les sensations, l’esprit et les phénomènes, à rester lucide face aux manifestations du corps, des sensations et du mental.

Dans le taoïsme : le wu wei, ce « non-agir » si mal compris, n’est pas paresse. C’est agir en accord parfait avec le Tao, sans intervention de l’ego. Pour y arriver, il faut d’abord percevoir les rythmes naturels – le flux du Qi, les ouvertures, les blocages. Cette perception fine, nous la pratiquons avec nos patients. C’est elle qui nous permet notamment de sentir là où le Qi stagne, où il manque de fluidité.

Le Huangdi Neijing, texte fondateur de la Médecine chinoise, le dit clairement : la pleine santé naît de l’harmonie avec les saisons, les émotions, le ciel et la terre. « Connais-toi toi-même » – cette invitation socratique résonne avec cette approche de la pleine conscience. En effet, cet état de disponibilité à soi et au présent est un chemin de connaissance, voire de sagesse.

Entraîner la pleine conscience

Alors, comment s’entraîner à la pleine conscience ? Comme praticiens en MTC, en complément de nos traitements, nous guidons souvent nos patients vers des pratiques simples qui renforcent le travail en séance. En voici quelques unes :

 

  • Respiration consciente : asseyez-vous, observez le souffle tel qu’il est. C’est l’ancrage le plus fiable. Il calme le Shen agité et tonifie le Qi du Poumon.
  • Scan corporel : parcourez mentalement votre corps, zone par zone. Notez tensions, picotements, lourdeur… sans corriger. Cela affine la conscience des méridiens.
  • Observation des pensées : regardez-les comme des feuilles emportées par une rivière. Elles viennent, se transforment, partent. Moins on s’accroche, moins le Foie stagne.
  • Mouvement conscient : marche lente, Taï-chi ou Qi gong basique. L’attention reste sur le contact des pieds au sol, la relaxation, le balancement des bras, le flux du Qi dans les membres.

Pratiquer au quotidien

Mais la vraie magie vient lorsqu’on intègre cette pleine conscience au quotidien. C’est là que ça devient puissant. Après quelques semaines, nos patients rapportent : « J’ai fait la cuisine en étant vraiment là… et le fait d’être relaxe m’a permis d’être incroyablement plus rapide. »

Pratiquer en mangeant en pleine conscience. Regardez les couleurs de vos plats, savourez les odeurs, goûtez chaque bouchée pleinement… Apprenez aussi à identifier les signaux de faim et de satiété. En même temps vous contribuerez à la préservation de votre Rate et de votre Estomac.

Expérimenter lors d’une conversation. Écoutez vraiment l’autre – sans préparer votre réponse, sans juger. Restez conscient de votre propre souffle, de la chaleur qui monte ou descend en vous, d’éventuelles émotions qui surgissent. Les malentendus diminuent, les relations s’apaisent, … et le Qi du Foie circule mieux.

écoute attentive

Les bénéfices de la pleine conscience

De nombreuses études, issues des National Institutes of Health (NIH), de l’American Psychological Association (APA), de la Mayo Clinic ou de Johns Hopkins, confirment ce que nous observons cliniquement : la pleine conscience réduit le stress chronique, atténue l’anxiété et les ruminations, améliore la régulation émotionnelle.

Deux programmes ont particulièrement fait leurs preuves :

Le MBSR (Réduction du stress basée sur la pleine conscience) de Jon Kabat-Zinn, excellent pour gérer douleur chronique et stress quotidien.

Le MBCT (Thérapie cognitive basée sur la pleine conscience), très efficace pour prévenir les rechutes dépressives chez ceux qui en ont déjà connu plusieurs.

Les effets observés sont : un meilleur sommeil, une réduction des tensions musculaires, une perception affinée des signaux du corps (froid, chaleur, fatigue…). Ces effets sont modérés mais durables – et ils complètent à merveille nos traitements en acupuncture, Tuina ou pharmacopée chinoise.

Soyons honnêtes : la pleine conscience n’est pas une solution miracle. Elle n’est pas la fin des difficultés. La vie reste ce qu’elle est : joies, peines, imprévus. Mais avec la pleine conscience, on les traverse autrement – avec plus de clarté, de stabilité, d’acceptation, et donc de douceur envers soi et les autres.

Et vous ? Prêt à poser une aiguille d’attention sur l’instant présent, jour après jour ? Le vrai trésor – votre santé, votre paix intérieure – est déjà là, attendant que vous le remarquiez.

Dites-nous en commentaire ou en consultation : quel petit geste conscient allez-vous essayer cette semaine ?

Quand la qualité intérieure façonne l’acte

 
cheffe en cuisine

La pleine conscience ne se limite pas à observer ce qui est. Lorsqu’elle est stable et incarnée, elle permet d’introduire une intention claire dans l’action, sans tension ni volonté excessive. L’intention n’est pas une pensée répétée ni un souhait mental ; elle est une orientation silencieuse de l’esprit et du cœur qui imprègne le geste.

Dans l’Ayurveda, il est dit que cuisiner dans le calme, avec attention et bienveillance, transforme la qualité subtile des aliments. Le même plat, préparé dans la précipitation ou l’irritation, ne nourrit pas de la même manière. Ce n’est pas l’ingrédient qui change, mais l’état intérieur de celui qui agit. La pleine conscience rend cet état perceptible et donc ajustable.

En pratique médicale, cette dimension est décisive. Dans notre pratique, nous sommes pleinement présents à nos patients. Ansi, nous ne posons pas nos soins de manière mécanique. Par exemple, lorsque nous insère des aiguilles d’acupuncture chez une femme ayant des difficultés de fertilité, notre geste sera posé en pleine conscience. Ainsi, dans le silence, nous posons une intention claire que les flux se régulent et que la patiente s’ouvre à nouveau à la fertilité. Cette intention n’est pas formulée, elle accompagne l’acte discrètement.

La pleine conscience empêche l’intention de devenir une volonté rigide. Elle la maintient souple, ajustée, respectueuse des rythmes de la vie.

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